Printemps 2025, une autre étape vient d’être franchie vers la négociation d’une entente collective entre les artistes de la littérature et les éditeurs québécois. En mai 2024, les membres de l’Union de écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) votaient à 82% pour l’affiliation à la Fédération des communications et de la culture (CSN) (voir L’UNEQ en grande forme printanière). Samedi dernier, le 10 mai 2025, les membres adoptaient le cahier des demandes aux éditeurs. Ils arrêtaient aussi les modalités intérimaires de perception de la cotisation syndicale.
Quelle joie de voir ces avancées, après les événements troubles de 2023 (voir UNEQ, l’union à refaire). Au cours de la dernière année, le conseil d’administration et l’équipe permanente ont mené une grande consultation, ouverte à tous les artistes de la littérature du Québec, membres ou non de l’UNEQ. L’opération a été menée avec rigueur et avec la vive préoccupation de répondre aux attentes exprimées. Cet immense exercice en amont a grandement favorisé la prise de décision à l’assemblée extraordinaire du 10 mai.
Des demandes justifiées
On peut consulter dans le site de l’UNEQ le Cahier des demandes, qui a été adopté dans son intégralité. Ce document est en fait un sommaire de ce que l’équipe de négociation de l’UNEQ proposera d’inclure dans l’entente collective. Le document met l’accent sur « les enjeux liés à la liberté de pratique de l’artiste, au contrôle de ses droits, à la promotion de ses œuvres et à sa rémunération ».
Certains ont exprimé la crainte que ces revendications fragilisent l’écosystème du livre. Or, les informations claires et détaillées fournies par la direction de l’UNEQ, de même que les délibérations, on permis de surmonter ces inquiétudes. Pour preuve, le cahier à été adopté par plus de 80% des membres présents.
Il est bien clair, d’une part, que le document adopté est une orientation. Dans le cours de la négociation, les gains pourraient s’avérer moindres pour certains aspects et supérieurs pour d’autres. Nous n’avons pas à présumer à l’avance de ce qui est possible d’obtenir de la part des éditeurs. Nous n’avons pas à taire nos besoins.
Une cotisation raisonnable
L’expression de la solidarité a dominé les discussions lors de l’assemblée, mettant à mal le préjugé voulant que les écrivains soient des individualistes forcenés. D’ailleurs, la solidarité n’est pas étrangère à la nouvelle Loi sur le statut professionnel des artistes. Le cadre légal rend possible l’unité en accréditant l’UNEQ pour représenter tous les artistes de la littérature.
Le principe d’une cotisation syndicale, pour financer la mise en œuvre des négociations, n’a pas soulevé d’opposition. La formule de prélèvement d’un pourcentage des redevances annuelles était le choix de la majorité. Selon la proposition adoptée, la cotisation intérimaire sera de 4% sur les revenus reçus des éditeurs concernés par la future entente collective. Pour les membres de l’UNEQ, la cotisation sera de 2%.
Une partie des membres aurait souhaité plafonner le montant à verser à l’UNEQ. Si cette idée s’était imposée, les artistes les mieux rémunérés auraient obtenu un privilège. Ils auraient contribué dans une moindre proportion aux efforts pour améliorer les conditions de pratique de la profession. Là encore, le débat a permis d’éclairer l’enjeu. Les amendements qui visaient une forme ou une autre de plafonnement ont été rejetés. Finalement, la proposition de la direction a été adoptée aux deux tiers des voix.
Un front uni des artistes de la littérature
L’UNEQ a maintenant les coudées franches pour entamer les discussions avec les éditeurs. L’avis de négociation a été transmis dans un premier temps à deux importants regroupements : l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) et le groupe Sogides, propriété de Québécor. Nous entrons donc dans une période d’innovation. En effet, il semble qu’une entente collective entre auteurs et éditeurs n’existe nulle part ailleurs au monde. Nous devons être conscients que les implications de ce processus vont au-delà de l’écosystème du livre. À terme, il s’agira de déterminer dans quelle mesure la société québécoise tient à sa littérature et aux artistes qui lui donnent vie.